01 avril 2007
Lundi 8 août 2005 : Louxor - Esna - Edfou
Visite du temple de Karnak
Plan du temple

Le temple de Karnak, comme tout lieu de vie des Egyptiens est situé sur la rive droite (est) du Nil, de l'autre côté des nécropoles royales.
Le vaste sanctuaire d'Amon à Karnak fut établi à partir du IIe millénaire, mais au fil des siècles, il fut tour à tour agrandi, démoli, restauré par les pharaons du Nouvel Empire: les Aménophis, Thoutmosis et Ramsès. Le nom antique de Karnak Ipet Sout (la plus vénérée des places), désigne le centre du monde, le lieu ou Amon, après s'être crée lui-même, appela à l'existence choses et êtres.
A l'entrée du grand temple, l'allée des sphinx à tête de bélier symbolisant Amon, reliait le temple à un débarcadère sur le Nil.
Premier pylône


Grande cour à ciel ouvert avec le temple de Sethi II

La gigantesque statue en granit, à côté de l'entrée du deuxième pylône, représentait probablement Ramsès II accompagné d'une de ses filles.

Pharaon porte la double couronne (de haute et basse Egypte), ainsi que le Pschent, qui retombe sur le dos et les épaules. Dans ces mains les insignes du pouvoir : la crosse du berger qui guide son peuple dans l'autre main le flagellum ou fouet, pour éloigner l'ennemi et le terroriser. Autour de sa taille un pagne de lin fin, soutenu par une ceinture qui porte également un poignard.
Moment fort de la visite, la grande salle hypostyle qui est composée d'une allée de 12 colonnes de 23 mètres de haut, épanouies en larges ombrelles de papyrus et d'un ensemble de 122 autres colonnes.

L'obélisque de granit de Thoutmosis Ier à l'entrée du 4ème pylône haut de 23 mètres et pesant 143 tonnes fut érigée aux environs de 1530 av JC.

L'obélisque symbolise un rayon de soleil pétrifié, ultime goutte de soleil figée au contact de la terre, c'est pourquoi il est lié au culte du dieu soleil Rê. Son sommet se présente sous la forme d'une pyramide qui était recouvert d'un métal.
Les deux piliers de granit dressés par Thoutmosis III au centre du temple d'Amon symbolisent la Haute et la Basse-Egypte, le papyrus et le lotus.
De nos jours, le plafond antique n'existe plus.

Deux obélisques d’Hatchepsout dont un détruit par un tremblement de terre

Cour de la cachette

Scarabée d’Aménophis III
Le lac sacré mesurait 120 mètres sur 77. Comme Karnak était un lieu de vie, tout autour du lac se trouvait les magasins d'entrepôt, les jardins, les maisons des prêtres, différents édifices, et semble-t-il une volière pour les oiseaux aquatiques. Chaque matin, les prêtres avaient pour rituels d'y venir se purifier avant les rites sacrés. Notons qu'aujourd'hui le lac est toujours "fermé" mais qu'auparavant un canal le reliant au Nil alimentait et nettoyait.

Navigation

Passage de l’écluse d’Esna
Coucher de soleil sur le Nil

Mardi 9 août 2005 : Edfou – Kom Ombo
Visite du temple d’Horus
Plan du temple :

La ville d’Edfou, se trouve sur la rive orientale du Nil, à mi-chemin entre Thèbes et Assouan. Elle était nommée Djeba par les Égyptiens et Apollinopolis Magna par les Grecs. Capitale du deuxième nome dans l’antiquité, à la croisée de plusieurs voies importantes, cette localité doit sa célébrité au majestueux temple très bien conservé, que l’on peut encore visiter aujourd’hui. Il était consacré au dieu Horus.
Horus = Dieu faucon, possédant 3 représentations
- Faucon

- Homme à tête de faucon

- Astre ailé entouré de deux cobras protecteurs

Ce gigantesque temple, second par la taille après celui de Karnak, était orienté selon un axe sud-nord. Bien qu’il soit de conception tardive, il offre une vision très proche d’un temple égyptien de la période classique :
- Un monumental pylône d’entrée (avec ses 36 mètres, il est le plus haut pylône d’Égypte) représentant le roi Ptolémée XII combattant face à Horus

- Une cour à portique

- Un sanctuaire entouré de chapelles.

Les nombreuses salles du sanctuaire avaient chacune une fonction bien précise : trésor, chambre des offrandes, vestibules, bibliothèques et laboratoires. D’autres pièces servaient également de chapelles pour des divinités secondaires.
Une de ces salles abrite la reconstitution de la barque sacrée d’Horus.

Ce temple était le théâtre d’une très importante fête, celle dite du « Mariage Sacré » qui avait lieu une fois l’an. Au cours de celle-ci, la déesse Hathor remontait le Nil depuis son temple de Dendérah pour s’unir à Horus d’Edfou. À l’issue de ces réjouissances, qui duraient environ deux semaines, naissait le dieu-fils Harsomtous "Horus qui réunit les Deux-Terres". Ainsi, la triade divine était à nouveau régénérée.
Ce temple fut fondé en 237 av. J.-C. sous le règne de Ptolémée III Évergète, sur un temple plus ancien existant sous Thoutmôsis III (XVIIIe dynastie). Il sera achevé 188 ans plus tard, en 57 av. J.-C., par Ptolémée XII Néos Dionysos. C’est cependant au pharaon Nectanébo II (XXXe dynastie) que l’on doit la construction du naos en granit de 4 mètres de haut qui se trouve toujours en place dans le sanctuaire. Il servait à abriter la statue divine.
Les premiers Chrétiens y installeront une église et des chapelles comme l’attestent encore les croix et inscriptions gravées à l’intérieur du temple. Ce serait eux qui ont martelé les effigies. Comme tous les grands sanctuaires de l’ancienne Égypte, le temple d’Edfou sombrera ensuite dans l’oubli et sera envahi par les sables. C’est en 1860 que le grand archéologue Auguste Mariette entreprit le dégagement de l‘édifice. Les murs antiques allaient alors pouvoir enfin révéler les merveilleuses scènes mythologiques ainsi que les milliers d’inscriptions hiéroglyphiques qui sommeillaient là depuis des siècles.

Navigation

Visite du temple de Kom Ombo
Plan du temple

Situé à une quarantaine de kilomètres au nord d’Assouan, au cœur d’un important bassin agricole, le temple de Kôm-Ombo a remplacé, à l’époque ptolémaïque, un ancien sanctuaire de dimensions moindres (blocs d’un Sésostris, d’Aménophis I, d’Hatchepsout, de Thoutmosis III et de Ramsès II).
Il se dresse au sommet d’une colline, le long du fleuve qui, par érosion, a fait disparaître plusieurs installations annexes.

De façon fort originale, le temple de Kôm-Ombo est un temple double, dédié à deux triades distinctes ; l’une est dirigée par le dieu-faucon Haroëris (Horus l’Ancien), l’autre par le dieu-crocodile Sobek ; le jeu complexe des portes permettait de les isoler ou de les associer selon les nécessités du culte.

À l’arrière du pylône, dont il ne reste que quelques assises, une vaste cour donnait accès à deux salles hypostyles : le pronaos et la salle d’apparition

Puis trois autres salles conduisent vers le double sanctuaire. Outre les cartouches des souverains lagides, on note ceux d’empereurs romains, dont Macrin et Diaduménien (217). Une scène gravée sur le mur d’enceinte est unique : entre le roi agenouillé et le dieu est figurée une sorte d’armoire contenant des instruments de chirurgie.

On y trouve également le premier calendrier du monde.

À l’avant du temple se trouvait un mammisi (temple de la Naissance), œuvre de Ptolémée Évergète II, qui a été en grande partie emporté par le Nil.
La chapelle d’Hathor est mieux conservée ; selon une inscription en grec, elle fut décorée sous l’empereur Domitien par dame Petronia et ses enfants, en l’honneur d’Aphrodite ; on y trouve aujourd’hui entreposées des momies de crocodiles provenant de la sépulture de ces animaux sacrés située à un kilomètre au sud du temple.

Mercredi 10 août 2005 : Assouan
Nous arrivons à Assouan à 8h.
Nous partons alors pour une excursion en barque à moteur vers l’île d’Eléphantine.
Éléphantine, située sur le Nil face à Assouan fut la capitale du premier nome de Haute-Égypte. Son nom Abou vient de Ab qui signifie en même temps l’éléphant et l’ivoire. Son nom ancien était Yeb.
Selon la mythologie, une caverne abritait l'Esprit du Nil, le dieu Hapy. L'île Eléphantine était considérée comme la source du Nil. Pendant l'Antiquité, c'était aussi le lieu de culte de Khnoum (créateur de l'humanité), de Satis (sa femme) et Anukis (sa fille). Les cultes égyptiens disparurent au profit du christianisme lors de la période gréco-romaine.
Durant des siècles, l'île Eléphantine fut le centre administratif et commercial d'Assouan. Le commerce de l'ivoire et du granit a participé à la prospérité de l'île. Des vestiges témoignent de la grandeur du site à l'époque romaine.
L'île Eléphantine s'étend sur une surface de 1,5 km, recouverte de palmiers et de splendides jardins.
Le jardin botanique est plus connu sous le nom d’île Kitchener. Le Lord Kitchener a en effet reçu cette île en cadeau pour le remercier d’avoir gagné une bataille et arrêté une révolte au Soudan. Lord Kitchener était passionné de botanique, il a donc rempli l’île d’arbres et de fleurs de toutes sortes, importés d’Afrique équatoriale et d’Asie.
Nous effectuons la visite d’un village nubien, où nous sommes accueillis avec un thé et une collation pendant que le guide nous explique leur mode de vie.
Nous passons sur la première cataracte du Nil.
Au nombre de six, les cataractes du Nil sont dangereuses pour la navigation. Depuis le Nord de Khartoum au Soudan actuel, la vallée du Nil sinue de cataracte en cataracte jusqu'à l'Égypte.
La Nubie s'étend de la première cataracte jusqu'à la quatrième cataracte.
Le désert de Bayouda se trouve dans la boucle formée par le Nil entre la quatrième et la sixième cataracte.
Nous passons devant le mausolée de l’Aga Khan III.
A l'image des princes nubiens, l'Aga Khan III choisit les falaises d'Assouan pour se faire inhumer. Considéré à l'époque comme l'homme le plus riche au monde, ce dernier venait à Assouan pour soigner ses rhumatismes en s'enterrant jusqu'a la taille dans le sable brûlant. Mort en 1957, il était le quarante-huitième imam de la secte musulmane des ismaéliens. Son mausolée, désormais fermé au public, offre une vue magnifique sur le Nil et la ville. Le palais des femmes construit à ses pieds n'a de fenêtres qu'en direction du mausolée pour que chaque jour elles le regardent et pensent à lui.
Dans l’après-midi, nous partons pour le temple de Philae.
Parmi les îles granitiques de la première cataracte, un peu au sud de la ville d’Assouan, se dresse le domaine de la déesse Isis, que l’on qualifie souvent comme étant la "Perle de l’Égypte".
Bien que le culte d’Isis se perde dans les origines de la civilisation pharaonique, l’édification de ce sanctuaire est très tardive. Mis en chantier par Nectanébo Ier (XXXe dynastie) et ensuite agrandi par les Ptolémées et les Romains, il sera le dernier bastion de la religion égyptienne. Ce n’est qu’en 540 de notre ère, que l’empereur byzantin Justinien, fera fermer le temple et arrêter les prêtres. À cette époque, le temple était alors fréquenté par les Blemmyes, redoutables tribus nubiennes, qui venaient encore y vénérer la déesse Isis. Ce décret sonna le glas de la civilisation de l’Égypte ancienne car, plus personne n’était encore capable de déchiffrer les hiéroglyphes. Les chrétiens s’installeront ensuite sur l’île et transformeront les sanctuaires en églises qui resteront en activité jusqu’au XIIIe siècle.
Histoire du sauvetage du temple de Philaé :
Après la construction par les Britanniques, en 1894, du premier barrage d’Assouan, les temples de Philaé furent en partie immergés par le Nil dix mois sur douze.
En 1979, on commença à construire le second barrage. Or, Philaé se trouverait dans la nappe ainsi créée, entre l’ancienne construction en aval, et la nouvelle en amont. Certes, dans ce lac de retenue, le niveau serait inférieur à celui qu’il devait atteindre derrière la nouvelle digue, et inférieur même à la hauteur maxima actuelle. On aurait une sorte de palier. La masse d’eau incluse n’atteindrait le pylône principal du temple d'Isis qu’à la moitié de sa hauteur environ. Ce n’était pas un progrès. Ainsi l’île ne serait jamais plus découverte complètement au cours d’une partie de l’année. Elle n’aurait plus de saison sèche ! D’autre part — et là résidait le péril de mort — la masse d’eau devait subir des oscillations quotidiennes d’une amplitude de six mètres. Il en résulterait un mouvement de bas en haut et de haut en bas qui finirait par limer les murs qui s’aminciraient jusqu’à l’écroulement.
Alors se posait toujours la lancinante question : comment sauver Philaé ? Une solution finit par s’imposer : démonter le temple et le transporter sur l’îlot Aguilkya à trois cents mètres vers l’aval et que les eaux du Nil ne recouvrent jamais.
La gigantesque opération fut menée sous les auspices du ministère de la Culture égyptien, des services d’archéologie du Caire ainsi que de l’Unesco, Mme Christiane Desroches Noblecourt étant la cheville ouvrière de tous les sauvetages.
En premier lieu il a fallu construire autour de Philaé deux parois métalliques de 17 mètres de haut et distantes de 12 mètres constituées de 850 rideaux d’acier pesant 1276 tonnes qui, une fois remplies de 200 000 mètres cubes de sable, formeraient une protection efficace contre la pression de l’eau environnante. Ensuite l’eau qui se trouvait à l’intérieur de l’enceinte a été pompée et rejetée dans le lac. L’île asséchée, la vase enlevée, commença l’enregistrement. Le moyen consiste à employer des paires d’appareils photographiques de très haute précision afin de donner des photos tridimensionnelles de chaque monument que l’on peut ensuite reproduire à l’aide d’un appareil particulier à la stéréophotographie, permettant de tracer une ligne continue de toutes les constructions sur la surface du monument; le dessin de contour résultant de cette opération est alors tellement précis qu’il donne l’indice de guide nécessaire pour la reconstruction du monument dans son aspect primitif.
Les temples ont ensuite été découpé en blocs et extrait du site à l’aide de barges qui ont emmené les morceaux pour les mettre à l’abri, le temps de les reconstruire sur leur nouveau site d’accueil : l’île d’Aguilkia, 300 mètres plus au nord. L’île a été arasée de 30 mètres et remodelée afin de lui donner l’aspect de l’île de Philaé originale, celle d’un oiseau nageant sur le Nil. Le transport des temples commença le 9 septembre 1974 et s’acheva deux années plus tard.
Le gouvernement Égyptien, qui avait déjà contribué pour plus de moitié aux frais nécessaires pour sauver les deux temples d’Abou Simbel, envisagea la question de fournir les montants requis. Vingt-trois états ont cotisé à la caisse de l’Unesco ; à ces subsides sont venus s’ajouter les revenus des expositions des trésors égyptiens qui ont sillonné le monde. Le total de toutes ces participations a atteint un montant de plus de 15 millions de dollars.
Mercredi 10 août 2005 : Assouan (2)
Ensuite, retour à Assouan où nous visitons l’institut national du papyrus, où nous assistons à une démonstration de la fabrication du papier à partir de la tige du papyrus.
Etapes de la fabrication :
- Enlever l’écorce du papyrus.
- Couper la moelle en plusieurs lamelles.
- Enlever l’eau et les sucres (qui rendent les lamelles cassantes) en tapant avec un marteau puis en écrasant sous un rouleau. Les lamelles deviennent alors souples et élastiques.
- Tremper dans l’eau du Nil de 7 jours (pour un papier clair) à 15 jours (papier plus foncé).
- Mettre entre deux linges en coton (à l’époque entre deux peaux de bête) les lamelles entrecroisées.
- Mettre sous presse pendant 7 jours (à l’époque sous de grosses pierres).
Résultat :
Le soir, retour vers le temple de Philae pour un spectacle Sons et Lumières, écrit par André Castelot, qui permet de revivre sous la nuit étoilée, les mystères d'Isis ainsi que les dernières grandes heures de l’Égypte pharaonique.
Il nous est par exemple raconté la légende de la rivalité entre Osiris et Seth :
Malgré la malédiction portée par Râ sur Nout, la déesse du ciel qu’il avait condamné à la stérilité, Osiris naquit. En effet, le dieu Ibis Thot, contourna cette condamnation en donnant au temps cinq journées supplémentaires dans l'année. Osiris, fils de Nout, fut ainsi conçu, selon la légende égyptienne, lors de cette période. Assisté de son épouse et sœur (Isis), Osiris apprend aux humains à respecter l'ordre universel, les dieux, et leur enseigne l'agriculture. Dieu aimé du peuple du Nil, symbole de continuité, Osiris tomba sous la jalousie extrême de Seth, son cadet qui, aidé de ses partisans, le jeta aux courants du fleuve, enfermé dans un coffre. Isis récupérera le corps et, de sa magie unie à celle de Nephtis, rendra brièvement vie à Osiris qui, en une dernière union charnelle donnera vie à Horus. La rivalité rongeant encore le cœur de Seth, ce dernier mutila le corps de son frère et en dispersa le cadavre. Isis repris sa quête et recueillit les fragments épars du dieu profané, hormis son pénis que le poisson Oxyrinthe avait avalé. Dans ce mythe d'Osiris se retrouve la symbolique de la désintégration et de la réintégration dans un état supérieur.
10 août 2007
Jeudi 11 août 2005 : Assouan – Abou Simbel
Ramsès II y fut déifié dans un temple creusé « pour l’éternité » dans un éperon de la chaîne libyque.
Les temples de Ramsès II et de Néfertari ont du être déplacés à cause du barrage d’Assouan entre 1963 et 1968.
L’édification du barrage d’Assouan, entre 1960 et 1971, a provoqué l’engloutissement de toutes les zones habitées de la Basse-Nubie, entre Assouan et la frontière avec le Soudan. Parmi les nombreux temples menacés par les eaux du lac artificiel, ceux d’Abou Simbel étaient de loin les plus difficiles à sauver.
En 1963, l’Egypte et l’Unesco accordaient à des entreprises française, allemande, italienne, suédoise et égyptienne le soin de démanteler, de transporter puis de reconstruire bloc par bloc et 65m plus haut que leur situation originelle les deux temples d’Abou Simbel. C’était la plus simple et la moins coûteuse des différentes solutions envisagées à partir de 1960.
On protégea le site des crues du Nil en érigeant une digue de protection provisoire de plus de 350m et on arasa les collines surmontant chaque temple (soit un déplacement de 300 000 tonnes). Pour éviter toute vibration, on recouvrit de sable la façade des deux temples en y ménageant un passage vers l’intérieur. Puis on aborda la phase la plus délicate, le grès rose nubien étant devenu très friable avec le temps : scier l’ensemble en plus de 1000 blocs, chacun solidarisé par résine époxy à des barres de cuivre afin d’être prélevé par une grue, un pont roulant assurant ensuite le déplacement au sommet de la falaise. Cet ensemble pesait 15 000 tonnes, dont 11 500 pour le Grand Temple. Pour remonter ce dernier, on érigea, en respectant l’orientation primitive, une superstructure en béton autour de laquelle fut reconstitué ce joyau qui ne présente aujourd’hui plus aucune cicatrice de cette opération pharaonique qui s’acheva en septembre 1968.
Grand Temple
Il est probable que Ramsès II a fait ériger ce temple si loin de Thèbes pour une raison mêlant économie et politique. En effet, l’Egypte importait de nombreux biens de l’Afrique intérieure parmi lesquels de l’or extrait du désert de Nubie, du quartz dans le Ouadi el-Alaki et de la diorite juste à l’ouest d’Abou-Simbel. En bâtissant un tel temple, le pharaon contribuait à pacifier une région d’une importance capitale tout en protégeant symboliquement les frontières du royaume.
La façade
Taillée vers l’est en forme de pylône dans un à-pic de 33m de hauteur et de 38m de largeur, elle est précédée d’une terrasse où alternent des statues du roi et du dieu Horus. Au-dessus du portail d’entrée une niche abrite la statue de Rê-Horakhty (le soleil à son zénith, doté d’une tête de faucon), flanquée de bas-reliefs représentant le roi. Un rébus hiéroglyphique précise que le bénéficiaire du temple est le roi déifié. La façade est surmontée d’une corniche décorée de 22 singes cynocéphales (à tête de chacal).
Les 4 colosses figurent Ramsès II, assis et regardant en direction du soleil levant, coiffé du nemès et du pschent : le visage porte la barbe postiche ; le cartouche royal est frappé dans la pierre, sous la poitrine et sur les bras. Directement taillés dans la falaise, ils sont hauts de 20m. l’artiste a travaillé ici de façon réaliste comme pour mieux souligner que nous sommes devant le temple d’un roi tout-puissant, soucieux de traduire à la fois une impression d’unité et de calme. Malgré les dimensions, la perfection est atteinte. A côté et entre les jambes, des statues plus petites représentent entre autres la reine Touy (la mère de Ramsès II), Néfertari (son épouse) et la princesse Méritamon (sa fille). En s’approchant, on remarque de nombreuses inscriptions, gravées dans plusieurs langues depuis les soldats grecs de l’Epoque saïte jusqu’aux voyageurs européens des temps modernes.
L’intérieur
Dédié à Amon-Rê, le Grand Temple d’Abou Simbel est un spéos, c’est-à-dire un temple intégralement creusé dans la masse rocheuse. Profond de 62 m, il respecte la typologie traditionnelle des temples de plein air.
Décoré de vautours aux ailes déployées symbolisant le ciel, le plafond du pronaos est supporté par 8 piliers osiriaques, éléments typiques de la cour d’un temple : les statues représentent Osiris sous les traits de Ramsès II (ceux situés au Sud portent la couronne de Haute-Egypte, ceux du Nord le pschent). Les bas-reliefs des parois illustrent des faits militaires. La paroi Nord porte la célèbre scène de la bataille de Qadesh. Plusieurs phases sont évoquées. Au registre inférieur, on voit : le roi sur son trône tenant conseil, son char et sa garde, des espions hittites bâtonnés ; le camp égyptien avec des chevaux et des soldats travaillant au cantonnement ; le départ des troupes. Au registre supérieur : le roi sur son char décochant des flèches sur l’ennemi, la citadelle de Qadesh, les Hittites. Un registre intermédiaire décrit l’engagement de la cavalerie. Dans l’angle Nord-Est supérieur : fin de la bataille avec le roi, debout sur son char, assistant au dénombrement des victimes (mains et sexe coupés). En face, sur la paroi Sud, des scènes d’offrande surplombent des scènes de guerre, dont une représente le roi et ses 3 fils chargeant à la tête de son armée dans un style expressif. De part et d’autre du pronaos, des salles transversales à la décoration inachevée sont entourées de banquettes destinées à recevoir les offrandes. Une porte mène à deux chapelles décorées de scènes d’offrandes. Enfin, on accède au naos où sont assises 4 statues taillées dans la banquette rocheuse, de gauche à droite : Ptah, Amon-Rê, Ramsès II et Rê-Horakhty. De la sorte, Ramsès II est présenté à l’égal des dieux, à côté de la triade divine. Détail surprenant : deux fois par an, le 20 février (date de naissance du roi) et le 20 octobre (date de son couronnement), les rayons du soleil viennent frapper 3 des 4 statues ; la seule à rester dans l’ombre est celle de Ptah (elle ne porte pas de couronne).
La bataille de Qadesh
La bataille de Qadesh est une bataille qui eut lieu aux environs de -1274 et qui opposa les deux plus grandes puissances du Proche-Orient : l'empire hittite, dont le centre était en Anatolie, et l'Égypte ramesside.
Contexte historique :
Le royaume hittite et le royaume égyptien entretiennent des relations conflictuelles depuis le milieu du XIVe siècle av. J.-C., quand le roi hittite Suppiluliuma Ier avait placé le nord de la Syrie sous sa coupe à la suite de plusieurs offensives victorieuses face au Mitanni, alors l'allié de l'Égypte, dont il avait fait un vassal. Au cours de ces conflits, quelques cités vassales du pharaon Akhénaton étaient passées sous contrôle hittite.
L'Égypte réagit face à cette menace après l'avènement de la XIXe dynastie. Séthi Ier réussit à remporter quelques succès, et son fils Ramsès II décide de poursuivre dans cette voie. C'est durant la quatrième année de son règne (vers -1275) qu'il entame son rêve de reconquête des territoires jadis soumis par son illustre ancêtre Thoutmôsis III. La forteresse de Qadesh est l'un des symboles de la présence hittite au Proche-Orient et malgré sa réputation d'être imprenable, elle est l'objectif final de la campagne qui s'engage.
Partant de sa capitale Pi-Ramsès (à l'est du delta), Ramsès passe par Tcharou, Canaan, Tyr et Byblos, puis s'enfonce en Amurru, surprenant le prince Benteshina allié des Hittites qui se rallie à lui sans résistance. Ramsès laisse les gens du Naharina sur place avant de s'en retourner en Égypte.
Pendant l'hiver, il prépare son armée basée dans la capitale. Les divisions de Seth, Rê, Amon et Ptah constituées de Modèle:Fomatnum:1900 soldats égyptiens, 2 100 mercenaires dont les Sardanes incorporés après leur raid contre l'Égypte et 2 500 chars bien entraînés. Partie en mai -1274, l'expédition passe en Canaan, en Galilée remonte par la plaine de la Beqaa pour s'enfoncer jusqu'à Qadesh, en Syrie actuelle.
De son côté, Muwattali, l'empereur hittite, réunit une coalition comprenant : Hittites, Naharina, Arzawa, Dardaniens, Kerchkech, Masa, Pidasa, Inouna, Karkisa, Lukka, Kizzuwatna, Karkemish, Ougarit, Kedy, Nouges, Mouchaset, Qadesh soit environ 30 000 hommes dont 3 000 charriers.
La légende égyptienne :
La légende immortalisée par le Poème du scribe Pentaour et le Bulletin (recueil de souvenirs de guerre), nous apprend qu'en traversant le bois de Labouy, deux shasou (bédouins) affirment que Muwattali, craignant Ramsès, se trouve encore aux environs d'Alep (loin au nord, à la frontière du royaume hittite). Ramsès, trop crédule, fait installer son camp sur la rive ouest de l'Oronte à proximité de la forteresse sans attendre le renfort des trois divisions qui suivent à plusieurs heures de marche. Seule la division d'Amon l'accompagne. Après un interrogatoire poussé, les bédouins finissent par avouer que l'armée hittite se trouve derrière Qadesh, sur la rive est de l'Oronte.
Pharaon réunit son conseil de guerre et fait partir des coursiers pour faire hâter le pas aux troupes restées en arrière, mais les Hittites ayant traversé le fleuve près de la forteresse attaquent la division de Rê qui tente de rejoindre le camp. La division de Rê croule sous l'impact et les Hittites fondent sur le camp de Ramsès alors que la division de Ptah traverse à peine l'Oronte et que celle de Seth se trouve encore dans le bois de Labouy. La division d'Amon doit donc faire face seule aux 2 500 chars et aux milliers de fantassins de l'armée hittite.
Décimée, elle ne peut résister et l'armée hittite pénètre dans le camp. Ramsès fait atteler son char tiré par ses deux chevaux préférés Victoire dans Thèbes et Mout est satisfaite. Se trouvant isolé et submergé, il s'adresse alors au dieu






















